Océans et milieux marins - Ressources de l'Institut écologie et environnement du CNRS

L’océan couvre 70 % de la surface de la terre (360 millions de km²) et contient 97 % de l’eau sur Terre offrant ainsi un volume de 1,3 milliards de km 3 aux êtres vivants.

L’océan fournit à l’humanité nourriture, énergie et de multiples ressources … et reste un lieu unique d’activités, d’expériences et de loisirs. Ainsi, en 2002, l’ONU estimait la valeur combinée des ressources marines et de leurs utilisations aux alentours de 7 billions de dollars par an.

Bien que paradoxalement encore très peu connus, les milieux marins restent fortement menacés par les activités humaines : surexploitation des ressources halieutiques, pollution provenant du continent (déchets plastiques, nutriments, …), dégradation des habitats marins, espèces invasives et manifestations du changement climatique : acidification de l’océan, augmentation des températures, désoxygénation, …

A la veille de la Décennie des Nations Unies des sciences océaniques pour le développement durable (2021-2030), la communauté scientifique, les décideurs politiques, les entreprises, et la société civile doivent se mobiliser ensemble et dès maintenant pour être efficaces à protéger et conserver les milieux marins !

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Alors que les Nations unies ont dédié la prochaine décennie aux sciences de l’océan pour le développement durable, quarante scientifiques sonnent aujourd’hui l’alarme pour que l’océan soit hissé au rang de priorité. Parmi eux, Françoise Gaill et Joachim Claudet nous expliquent dans cette tribune publiée avec Libération pourquoi notre futur en dépend.

Touché de plein fouet par le changement climatique et les activités humaines, l’océan change à grande vitesse. Or il permet la subsistance de milliards d’individus et recèle peut-être les sources d’énergie de demain. Retour sur les nombreuses études menées sur les flots, dans cet article paru dans le numéro deux de la revue « Carnets de science ».

 Immersion au cœur des environnements marins…

globicephal
© CEFE/CNRS Photothèque

« Où commence la fin de la mer ? Que disons-nous lorsque nous disons : mer ? Disons-nous le monstre immense capable de dévorer toute chose, ou cette vague qui mousse à nos pieds ? L’eau qui peut tenir dans le creux de la main ou les abysses que nul peut voir ? » Océan mer, Alessando Baricco

L’océan est divers. Il abrite une multitude d’habitats, depuis les littoraux de toutes natures (fonds rocheux, sableux ou herbiers) jusqu’aux grands fonds (plaines abyssales ou sources hydrothermales), en passant par les récifs coralliens, les mers polaires glacées, les lagunes et les lacs salins profonds, ou encore les milieux dessalés des fjords, lochs et estuaires.

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    Évoquer les mondes marins, c’est aussi aborder la diversité des littoraux, qui abritent une multiplicité d’écosystèmes. C’est, enfin, raconter l’histoire de l’humanité, si intimement liée à celle des océans ; humanité qui se doit d’apprendre à les préserver et à en faire un usage raisonné. La recherche, située au carrefour de nombreuses questions écologiques, environnementales et sociales, se fait plus que jamais l’écho de ces enjeux.

    Il s’agit dans ce livre de mieux comprendre ce qu’est l’océan, dans toute son étendue, sa profondeur et sa complexité, tant du point de vue physique que biologique, de ses interactions que de ses dynamiques. Pour l’explorer, de nombreux outils, infrastructures et approches originales sont développés pour obtenir les données et les informations indispensables à une meilleure connaissance. L’histoire montre l’évolution des techniques et des représentations qui lient les communautés humaines aux océans et la diversité des usages qu’elles en font. Considéré comme ressource, service ou enjeu de territoire, l’océan est essentiel, mais vulnérable. De multiples risques lui sont associés, de la submersion à la pollution, et leur gestion nécessite d’être anticipée face à l’augmentation des activités humaines. Ainsi se pose la question de l’avenir de l’océan, cet espace considéré souvent comme infini et illimité, qualifié de géostratégie par les uns et de bien commun par d’autres.

    Les océans restent les zones les moins connues de notre planètes … Aujourd’hui la face cachée de la lune est bien mieux cartographiée que le fond de l’océan.

    … et de leur biodiversité

    recif
    © Erwan AMICE/IRD/CNRS Photothèque

    L’océan est vivant. Le krill, la petite crevette qui sert de nourriture aux baleines, est dans le « top 5 » des espèces les plus prolifiques sur Terre (des milliers de milliards d’individus). L’océan héberge au moins 1030 virus, soit 10 à 100 millions de fois plus que toutes les étoiles de l’univers. Les poissons y pullulent par centaines de milliards. 300 000 espèces sont décrites mais les estimations du nombre d’espèces réellement présentes dans l’océan vont de 500 000 à plus de 10 millions.

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    On demande souvent aux scientifiques de « prédire » comment vont évoluer les écosystèmes marins face aux sociétés humaines qui en dépendent. Mais comment répondre à cette question quand on connaît si peu la biodiversité marine ? Encore aujourd’hui, les espèces marines ne représentent que 20% des nouvelles espèces décrites chaque année alors que les océans représentent 70% de la surface de la Terre… Alors que devrions-nous faire ?

    Du homard au tourteau en passant par le craquement de la banquise, découvrez les sons des fonds marins, qui sont moins silencieux qu'on ne pourrait le penser.

    La mer est peuplée d’animaux surprenants aux formes et couleurs variées. Une diversité indispensable à leur survie dans le vaste milieu marin, et qui répond à leurs besoins de se nourrir, se protéger, se reproduire... Découverte en images de ces drôles d’espèces.

    En Martinique, chercheurs et bénévoles équipent des tortues vertes de différents capteurs : balises GPS, puces... et caméras. Autant d'équipements qui permettront de mieux comprendre la vie, les déplacements ou les habitudes alimentaires de ces animaux menacés d'extinction.

    Il y a quarante-cinq millions d’années, les cétacés vivaient sur la terre ferme. S’adaptant au fil des siècles à l’élément marin, ils ont néanmoins gardé de leur lointain passé certaines aptitudes comportementales, physiologiques et sensorielles qui les différencient des autres espèces aquatiques. Au large des côtes espagnoles, une équipe de chercheurs étudie un groupe de globicéphales afin de démontrer que ces animaux possèdent le sens du goût et de l’odorat et s’en servent chaque jour pour communiquer et assurer leur subsistance. L’issue de ces travaux permettrait de participer à la préservation de ces espèces, par exemple en les tenant éloignées des zones de danger telles que les secteurs de pêche et les voies de navigation humaines.

    Deux semaines seulement après le lancement d’une expédition scientifique au large de la Guyane, les équipes de Greenpeace, en collaboration avec les chercheurs du CNRS présents à bord du navire, ont pu collecter suffisamment de données pour affirmer que les eaux guyanaises sont une zone vitale pour des cétacés tels que les baleines à bosse et doivent donc faire l’objet de mesures de protections spécifiques.

    Focus thématiques

    Les récifs coralliens

    poisson clown
    © Erwan AMICE/IRD/CNRS Photothèque


    Les récifs coralliens sont des « hotspots » (points chauds) de biodiversité, tant par le nombre d’espèces que par la variété des formes, des couleurs, et des fonctions et des services écosystémiques. Alors qu’ils ne sont présents que sur 0,15 % de la superficie des océans, les récifs de corail rassemblent 25 % de la biodiversité des mers. Nombreuses sont aujourd’hui les pressions dues aux activités humaines sur ces havres de biodiversité dont beaucoup sont déjà en train de disparaître.

    Découvert il y a peu, ce récif sous-marin situé à une centaine de kilomètres des côtes guyanaises jouit d’une exceptionnelle biodiversité, comme ont pu le constater les scientifiques embarqués en septembre 2019 à bord du navire l'« Esperanza » de Greenpeace.

    Les recherches au cours des 30 dernières années ont démontré l’importante diversité des micro-organismes qui composent le plancton marin. Une étude menée dans un écosystème corallien situé dans l’océan Indien (lagon de Mayotte) a démontré que la diversité des micro-organismes associés à la surface des animaux marins est encore plus exceptionnelle, et 4 fois plus importante que celle retrouvée dans le plancton. Les résultats de cette étude menée en collaboration entre des chercheurs du Centre pour la biodiversité marine, l'exploitation et la conservation (MARBEC - CNRS / CUFR de Mayotte / IRD / Université de Montpellier) et de Lancaster (Royaume-Uni) viennent d’être publiés dans la revue Proceedings of the Royal Society of London.

    Principale source d’énergie pour la construction des récifs coralliens, qui abritent plus d’un tiers de la biodiversité marine, la micro-algue Symbiodinium réside au-delà des récifs, dans les principaux océans du globe (Atlantique, Pacifique, Indien)1 sous deux formes : une forme libre, flottant dans les eaux de surface du plancton, et une forme symbiotique vivant notamment à l’intérieur d’un organisme unicellulaire2. C’est ce que révèlent les travaux d’une équipe de la fédération de recherche Tara Oceans GO-SEE3, impliquant principalement des scientifiques du CNRS, du CEA, de la King Abdullah University of Science and Technology (Arabie Saoudite) et de l’University of Auckland (Nouvelle Zélande), publiés le 8 novembre 2018 dans Current Biology.

    Le corail, le plus grand bâtisseur du monde marin, est aujourd’hui confronté à des menaces qui se répercutent sur des écosystèmes tout entiers. Rejoignez l’équipe de scientifiques qui sillonne les eaux du Pacifique à bord de la goélette Tara afin mieux comprendre les dangers qui pèsent sur cet animal fragilisé.

    Du rôle de ses bandes blanches à sa lutte pour la reproduction en passant par son hermaphrodisme, le poisson-clown n’a pas fini de nous étonner. Retour sur la véritable histoire de cette star des récifs.

    À Fakarava, un atoll de l’archipel des Tuamotu, plusieurs centaines de requins gris de récif s’assemblent lors de chasses nocturnes frénétiques, bien plus organisées qu’il n’y paraît. Le biologiste Johann Mourier et le photographe plongeur Laurent Ballesta se sont infiltrés au cœur de la meute. Une aventure à retrouver dans le documentaire « 700 Requins dans la nuit ».

    Les mangroves

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    © François FROMARD/ECOLAB/CNRS Photothèque

    « Il est difficile d’admettre que, dans ses angoisses de racines, d’ombres moussues, la mangrove puisse être un tel berceau de vie (…) Elle ne semble appartenir ni à la terre, ni à la mer. » Patrick Chamoiseau

    La mangrove, cette forêt entre terre et mer qui borde les littoraux tropicaux, a longtemps été perçue comme un milieu hostile ou inutile…Cependant cet écosystème complexe abrite les palétuviers capables de vivre les pieds dans l’eau salée, des poissons « gros yeux » pouvant respirer hors de l’eau, des crabes ingénieurs et une multitude de bactéries indispensables au recyclage de la matière organique. Aujourd’hui, confrontée à la crevetticulture, aux coupes de bois, à la pollution mais aussi sous l’emprise directe des changements climatiques, cette mangrove, grignotée de toute part, est en danger.

    Cet ouvrage, rédigé par des chercheurs spécialistes du milieu, nous montre combien sa préservation devient un enjeu écologique mondial tant cet écosystème contribue à l’équilibre des littoraux tropicaux et à ceux de la planète tout entière. Sait-on par exemple que ces forêts maritimes jouent le rôle de puits de carbone en absorbant de grandes quantités de CO2 ? Qu’elles peuvent servir de filtres ou d’éponges face aux pollutions humaines ? Qu’elles constituent un rempart contre les tempêtes ou les tsunamis ? Un livre qui nous invite à poser un regard nouveau sur cette forêt si secrète au coeur des enjeux écologiques tropicaux.

    Des bancs de vase de plusieurs dizaines de kilomètres circulent en permanence le long des côtes guyanaises. Mieux : ils sont colonisés par la forêt la plus rapide du monde. Dans l'ouest de la Guyane, des chercheurs tentent de mieux comprendre les mécanismes de ce phénomène unique.

    Le CNRS et l’IRD ont décidé de dédier aux mangroves l’année 2015 afin de mieux faire connaître le rôle crucial joué par ces écosystèmes pour le bien-être des populations locales et de la planète en général. Petit tour d’horizon des recherches actuellement en cours sur le sujet.

    Les pôles

    banquise
    © Erwan AMICE / LEMAR / CNRS Photothèque

    L’Arctique, au nord, est un vaste océan de 13 millions de km² presque entièrement entouré de terres habitées. La partie centrale de l’océan Arctique est occupée par une banquise permanente. L’Antarctique, au sud, est un continent recouvert de glace de plus de 14 millions de km², sans population humaine permanente. Il est isolé des autres continents depuis plus de 20 millions d’années par l’océan Austral et le courant circumpolaire antarctique qui l’entoure. Les zones polaires bénéficient d’une biodiversité particulièrement adaptée à ces milieux extrêmes mais souffrent d’une grande fragilité face aux mutations en cours.

    Des spécialistes, passionnés des pôles, présentent ici leurs travaux, menés avec le soutien de l'IPEV, dans les domaines de l'écologie, de la biodiversité et des interactions que l'homme développe avec son milieu. Leurs recherches explorent des lieux et des espèces encore méconnus. Elles sont indispensables pour établir un constat et ouvrir des voies prospectives afin de sauvegarder ces écosystèmes spécifiques et leur équilibre indispensable au fonctionnement de notre planète. Au fil des pages, c'est une réflexion pluridisciplinaire qui se dégage.

    Les écosystèmes marins, fortement menacés par les activités humaines

    pollution
    © Cyril FRESILLON / PEPSEA / CNRS Photothèque

    A l’ère de l’’anthropocène’, les écosystèmes marins sont soumis à des nombreuses pressions, et subissent les impacts du « changement global » : changement climatique, surexploitation des ressources marines, pollutions chimiques, l’introduction d’espèces invasives. Mais comment ces écosystèmes répondent-ils à ces perturbations ? Comment les activités humaines sont-elles en retour affectées par ces modifications ?

    Ressources

    Les populations d’animaux et de plantes ne cessent de décliner : tel est le constat sans appel de la plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques (IPBES) qui publie aujourd'hui son rapport. Retour sur ce travail scientifique et diplomatique avec l’un de ses protagonistes, l’écologue Franck Courchamp.

    Les points de basculement, potentiellement irréversibles, entre des états écologiques contrastés sont en augmentation à cause du changement planétaire. Une étude internationale dirigée par l’Institut des Sciences de l’Evolution de Montpellier (ISEM - CNRS/Univ Montpellier/IRD/EPHE) se penche sur l’effet des dynamiques évolutives (i.e., des changements phénotypiques des espèces) sur la probabilité et l’étendue de tels basculements. Ces résultats ont été publiés dans la revue Nature Ecologie & Evolution.

    Pollution, température de l’eau, concentration en oxygène… Coquilles Saint-Jacques et autres bivalves constituent de précieuses archives sur l’environnement et le climat. Des chercheurs bretons, à l’origine de cette découverte, parcourent les mers pour les étudier.

    La plage de Yalimapo, dans l’ouest de la Guyane, est l’un des principaux sites mondiaux de ponte de la tortue luth – la plus grosse des tortues marines. Chaque nuit, d’avril à juillet, les femelles se hissent sur le sable où elles déposent leurs œufs. Une occasion unique pour les scientifiques d’en savoir plus sur ces animaux gravement menacés par les activités humaines.

    Focus thématiques

    Le changement climatique et l’acidification des océans

    algues rouges
    © David LUQUET/UPMC/LOV/OOV/CNRS Photothèque

    Le changement climatique est déjà à l’œuvre et peut se manifester en de diverses formes. Il est lié à l’augmentation des concentrations de gaz à effet de serre et en particulier du CO2 d’origine humaine. Si rien n’est fait pour réduire les émissions d’ici à la fin du siècle, l’augmentation moyenne de la température pourrait atteindre 5 ou 6 degrés de plus que les moyennes actuelles. L’accroissement global de la température n’est pas la seule conséquence, on observe aussi de l’acidification des océans, c’est-à-dire la diminution du pH de l’eau de mer et une désoxygénation de régions océaniques entières.

    L’Océan sera soit l’accélérateur du changement climatique, soit le socle de notre résilience. Le 25 septembre 2019, à Monaco, le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) publie un Rapport Spécial sur l’Océan et la Cryosphère dans le contexte du changement climatique. De façon inédite dans l’histoire du GIEC, l’océan est enfin identifié comme un enjeu majeur du changement climatique : une grande victoire pour la Plateforme Océan et Climat qui, lors de la COP 21, a soutenu très activement, aux côtés de Monaco, la France et le Chili, la nécessité que le GIEC produise ce Rapport Spécial dans le cadre de son 6ème cycle d’évaluation.

    Quelle est la vulnérabilité des sites de pontes de tortues marines face au réchauffement climatique ? Une étude publiée dans la revue Ecological Indicators impliquant des chercheurs du Laboratoire Écologie, Systématique et Évolution d’Orsay (CNRS/AgroParisTech/Université Paris Saclay) et de quatre autres pays (États-Unis d’Amérique, Turquie, Afrique du Sud et Brésil) montre, au moyen de modèles de développement embryonnaire et de phénologie des pontes chez la tortue Caouanne, que la majorité des populations risque de faire face à une chute du succès d’incubation des œufs et de produire près de 100% de nouveau-nés femelles.

    17 % de la biomasse mondiale d’animaux marins pourrait disparaître d’ici 2100, si les émissions de CO2 se poursuivaient au rythme actuel. C’est ce que révèle la première évaluation globale des effets du changement climatique sur les écosystèmes marins, qui a mobilisé des chercheurs de l’IRD et du CNRS. Ces résultats, qui alertent sur les conséquences en matière de sécurité alimentaire et de préservation de la biodiversité, sont publiés dans Proceedings of the National Academy of Sciences (PNAS) le 11 juin 2019.

    L’exploitation des ressources marines

    albatros
    © Claude DELHAYE/CNRS Photothèque

    Les ressources marines apportent aux alentours de 7 billions de dollars par an mondialement. La valeur serait d’environ 500 milliards à l’échelle de l’Union Européenne. Le problème est que les ressources marines sont exploitées de manière excessive, allant trop souvent au-delà du seuil permettant le renouvellement des stocks. Ainsi, 50 % des stocks de poissons sont pleinement exploités (sans possibilité de les exploiter davantage), et 30 à 40 % des espèces sont surexploitées. Mais l’exploitation des espèces marines n’est pas la seule à causer problème. En effet, l’intérêt croissant que suscitent les ressources minérales des grands fonds océaniques suscite de nombreuses interrogations.

    Grâce à des albatros équipés de balise, des chercheurs du CNRS et de La Rochelle Université, associés à l’administration des Terres australes et antarctiques françaises, gestionnaire de la réserve naturelle des Terres australes françaises, peuvent apporter une première estimation du nombre de bateaux de pêche naviguant sans système d’identification dans l’océan Austral : plus du tiers des bateaux rencontrés par les oiseaux dans les eaux internationales n’étaient pas déclarés. Les résultats du projet Ocean Sentinel sont publiés dans PNAS la semaine du 27 janvier 2020.

    L’intensification de la pêche industrielle contribue à diminuer la quantité de nourriture disponible pour les oiseaux marins, menaçant de nombreuses espèces dans le monde. Des chercheurs du CNRS1, de l’université de Colombie Britannique (Canada) et de l’Université d’Aberdeen (Ecosse) ont cartographié pour la première fois, la compétition entre la pêche industrielle et les oiseaux marins à travers le monde entre 1970 et 2010. Selon leur étude, la consommation moyenne annuelle de nourriture des oiseaux a diminué de 70 à 57 millions de tonnes entre les périodes 1970-1989 et 1990-2010, tandis que la capture annuelle moyenne des proies des oiseaux par les pêcheries a augmenté de 59 à 65 millions de tonnes au cours des mêmes périodes. Malgré le net déclin de la communauté mondiale des oiseaux marins pendant la période 1970-2010, la pression de compétition exercée par les pêcheries demeure soutenue. Cette compétition a même augmenté dans près de la moitié des océans du monde. L’étude est publiée le 6 décembre 2018 dans la revue Current Biology.

    Les explorations scientifiques menées dans les grands fonds marins depuis une quarantaine d’années ont permis d’identifier différents types de ressources minérales potentielles qui suscitent un intérêt croissant à l’échelle internationale. Elles sont présentes dans tous les
    océans du globe, dans la zone économique exclusive de certains États côtiers comme dans la Zone internationale, laquelle est reconnue comme patrimoine commun de l’humanité par la convention des Nations Unies sur le droit de la mer. Situées à de grandes profondeurs, ces
    ressources restent néanmoins très partiellement explorées. Elles sont par ailleurs associées à des environnements et des écosystèmes encore très mal connus, dont certains sont identifiés comme des “points chauds” de biodiversité. Leur exploitation à venir soulève donc de nombreuses questions.
     

    Environ 50 % des pêches intentionnelles ou involontaires des requins s’effectuent en haute mer, en dehors des eaux sous juridictions nationales. Des chercheurs viennent de démontrer l’urgence d’une gestion efficace de ces zones où séjournent préférentiellement ces prédateurs et où s’intensifient des prélèvements contribuant à leur disparition. Cette étude vient d’être publiée dans la revue Nature par un consortium réunissant plus de 100 chercheurs, dont Eric Clua, spécialiste des requins de l’École Pratique des Hautes Études (EPHE-PSL) au Centre de recherche insulaire et observatoire de l'environnement (CRIOBE, CNRS/UPVD/EPHE).

    La pollution

    eutrophisation
    © Sabine DESPRATS BOLOGNA/GET/CNRS Photothèque

    Les activités humaines sont aussi porteuses de pollution. Les apports excessifs de nutriments dans les milieux aquatiques, en provenance de la terre, peuvent causer, par exemple, une prolifération végétale, notamment des algues vertes. Ces accumulations de biomasse peuvent amener à des phénomènes d’hypoxie voire anoxie (c’est-à-dire absence d’oxygène) et donc à des modifications profondes dans la biodiversité et des mortalités massives de poissons.  L’ eutrophisation peut aussi causer des « blooms » de micro-algues toxiques. Nombreuses sont également les pollutions chimiques en provenance de la terre : les métaux lourds, les polluants organiques mais également les perturbateurs endocriniens ou les nanoparticules. Parmi ces derniers les plastiques inquiètent particulièrement.

    Inférieurs au millième de millimètre, les nanoplastiques se retrouvent un peu partout dans l’environnement. Ce diaporama sonore vous propose de suivre une équipe de scientifiques en Guadeloupe, partie mener l'enquête sur les flux, les comportements et les impacts de ces déchets encore peu étudiés.

    Contrairement aux microplastiques qui se concentrent dans la couche supérieure des océans, les fragments nanométriques se retrouvent dans toute la colonne d'eau. Découvrez, dans ce diaporama sonore, les travaux d'Alexandra Ter Halle et de son équipe qui tentent de mieux cerner ces infimes particules et leur impact sur l'écosystème marin.

    Les macro et microplastiques sont reconnus comme une menace importante pour les  océans actuels. Cependant, leur impact sur la biodiversité marine est encore mal connu. Une étude publiée dans la revue Scientific Reports par une équipe de du LECOB et du LOMIC de l’Observatoire Océanologique de Banyuls-sur-mer, ainsi que de l’Institut Alfred Wegener (Brême, Allemagne), montre pour la première fois les conséquences de pollutions plastiques sur la croissance et le comportement d’espèces profondes.

    Le 23 mai 2019, la goélette de la Fondation Tara Océan a quitté Lorient pour une expédition de six mois sur les fleuves européens. À son bord, une quarantaine de scientifiques chargés d’évaluer la concentration de déchets plastiques charriés par les fleuves et leur impact sur les organismes marins. Les détails du projet avec Jean-François Ghiglione, écotoxicologue microbien à l’Observatoire océanologique de Banyuls.

    La goélette Tara vient de boucler son périple de six mois sur les plus grands fleuves d'Europe. Cette aventure scientifique va permettre de mieux comprendre l'origine de la pollution plastique qui frappe les océans. Chaque année, 8 millions de tonnes de déchets plastiques sont déversés dans les mers.

    Les débats sur l’identification des facteurs et des niveaux de risque d’eutrophisation, permettant d’orienter les politiques publiques, ont conduit les ministères en charge de l’environnement et de l’agriculture à demander la réalisation d’une Expertise scientifique collective (ESCo) sur le sujet. Le CNRS, l’Ifremer, l’INRA et Irstea ont ainsi été sollicités pour produire un état des lieux critique sur les connaissances actualisées des causes, des mécanismes, des conséquences et de la prédictibilité des phénomènes d’eutrophisation. De plus, il a été demandé aux instituts de recherche de clarifier la définition de l’eutrophisation, en prenant en compte les besoins et les enjeux opérationnels de l’action publique.
     

    Une équipe de chercheurs du Laboratoire de biodiversité et biotechnologies microbiennes et de l’Observatoire océanologique de Banyuls-sur-Mer (Sorbonne Université / CNRS) a mis au point une approche unique pour surveiller le stress des coraux exposés à certains filtres contenus dans les crèmes solaires. Parus le 15 juin 2020 dans Scientific Reports, ces nouveaux travaux s’inscrivent dans le prolongement d’une première étude datant de décembre 2018 et ayant déjà permis de mettre en évidence la toxicité d’un filtre solaire, l’octocrylène, pour les coraux.

    Comment protéger les milieux marins et les usages qui en découlent ?

    AMP
    © Joachim CLAUDET / CRIOBE / CNRS Photothèque

    Il n’est pas encore trop tard, l’avenir des océans est entre nos mains. Notre responsabilité est de prendre des mesures à la hauteur de ce que l’océan offre à l’humanité.

    Ressources

    Les scientifiques font feu de tout bois pour trouver des solutions aux crises environnementales. Sans croire aux remèdes miracles, ils prônent la mise en place de mesures déjà à notre portée.

    Réchauffement climatique, érosion de la biodiversité, développement de l’intelligence artificielle... comment la communauté scientifique peut-elle s'organiser pour convaincre les décideurs d’œuvrer pour le bien de l’humanité et de la planète ? Quels sont les atouts des groupements internationaux tels que le Giec ?

    Quel est l’impact, au niveau mondial, du changement climatique sur l’agriculture et la pêche ? Une collaboration internationale de scientifiques pilotée par le CNRS, impliquant en France l’Université de Montpellier, a étudié cette question en associant des modèles climatiques à des données globales sur l’emploi, l’économie et la sécurité alimentaire. Selon leurs résultats, publiés le 27 novembre 2019 dans Science Advances, 90 % de la population mondiale pourraient être exposés à des baisses de productivité conjointes de l'agriculture et de la pêche s’il n’y a pas de réduction des émissions de gaz à effet de serre. En revanche, la plupart des pays pourrait limiter ces pertes en cas de réduction drastique de ces émissions, telle que celle fixée par l’Accord de Paris.

    Le Professeur Antoine Aiello, Directeur du Laboratoire Stella Mare de l’Université de Corse et du CNRS, a été nommé en tant qu’expert du co-rapporteur du Comité Economique et Social Européen (CESE) dans le cadre des travaux menés sur la « bioéconomie bleue ». Ce concept correspond aux activités économiques et la création de valeur basée sur l’usage intelligent et durable des ressources aquatiques renouvelables et de l’expertise qui y est associée.

    La restauration écologique est courante sur le continent, où l’homme modifie depuis des siècles des écosystèmes qui n’ont de “naturel” que le nom. Qu’en est-il de cette pratique en mer, un milieu plus sauvage ? Des cultures de nouveaux coraux aux programmes d’aquaculture, que penser de ces dispositifs ?

    Certains paysages emblématiques comme la Grande Barrière de corail appartiennent au patrimoine mondial. La menace du changement climatique qui pèse sur une de ces zones naturelles pourrait être un levier pour mobiliser le public sur des actions de protection. Des chercheurs australiens du Commonwealth Scientific and Industrial Research Organisation (CSIRO), de la James Cook University (JCU) et français du CRIOBE (CNRS/Université de Perpignan Via Domatia/EPHE) ont analysé les réactions de milliers de touristes australiens et internationaux suite aux évènements de blanchissement massifs de la Grande Barrière de corail en 2016 et 2017. Leur étude a montré que cette crise du blanchissement du corail a modifié la perception des touristes, qui ont alors considéré le changement climatique comme une menace immédiate.  Ces travaux ont été publié dans Nature Climate Change.

    Focus sur...

    Les aires marines protégées

    requins
    © Thomas VIGNAUD/CNRS Photothèque

    Alors que peu de récifs coralliens arrivent à concilier protection de la biodiversité et activités de pêche, certaines aires marines protégées pourraient constituer une solution «gagnant-gagnant», bénéfique pour l’Homme et la biodiversité. C’est ce que montrent les recherches publiées dans la revue Science le 17 avril 2020 par des chercheurs de l’Université de Montpellier, de l’IRD, du CNRS et de l’Université de la Nouvelle-Calédonie, qui ont étudié 1 800 récifs coralliens de 41 pays différents.

    Des chercheurs de l’EPHE, de l’Université de Montpellier, avec le soutien du CNRS, ainsi que de quatre universités ou instituts étrangers1ont montré que considérer la connectivité des populations de poissons en plus de la richesse en espèces augmente la persistance des populations dans le réseau des aires marines protégées (AMP) de la mer méditerranée. Cette étude publiée dans la revue scientifique Conservation Letters en février 2018 est la première à montrer un bénéfice d’un réseau d’AMP sur la persistance des populations en considérant conjointement la représentation en espèces et leur connectivité.

    Les bénéfices écologiques des réserves marines situées à proximité de l'Homme sont limités. C'est ce que démontrent des chercheurs de l'Université de Montpellier, de l'IRD et de l'Université de la Nouvelle-Calédonie, en association avec le CNRS, qui ont étudié 1 800 récifs coralliens, dont 106 situés dans 20 réserves marines. Ces travaux sont publiés dans PNAS le 18 juin 2018.

    En évaluant les 1062 aires marines protégées de la mer Méditerranée, recouvrant 6% du bassin méditerranéen, une équipe de recherche dirigée par le CNRS a montré que 95% de la surface de ces aires est dépourvue de réglementations suffisantes permettant de réduire les impacts humains sur la biodiversité. Inégalement réparties entre les frontières politiques et les écorégions, les aires marines protégées ayant des niveaux efficaces de protection ne représentent que 0,23 % du bassin méditerranéen. Cette étude, publiée le 24 avril 2020 dans One Earth par des scientifiques du Centre de recherche insulaire et observatoire de l'environnement (CRIOBE, CNRS/UPVD/EPHE) et du Royal Belgium Institute of Natural Science, montre que les efforts actuels sont insuffisants pour gérer les activités humaines en mer Méditerranée et que les niveaux de protection devraient être augmentés pour une réelle conservation de la biodiversité marine.

    Les études concernant les bénéfices des réserves marines se sont focalisées jusqu’à présent sur leur périmètre proche (distances inférieures à 40 km). Une équipe internationale1 impliquant des chercheurs de l’École Pratique des Hautes Études (EPHE), de l’Université de Montpellier et de l’Université de Perpignan, avec le soutien du CNRS, ont montré que les réserves marines auraient le potentiel pour exporter des organismes bien au-delà de 40 km et ainsi connecter entre elles les trois quarts des réserves du réseau global de réserves marines. Cependant un quart des réserves mondiales, souvent les plus grandes (plus de 1 000 km2) et donc les plus efficaces, restent isolées et n’apportent aucune assurance spatiale au réseau. Cet article de synthèse est publié dans la revue Trends in Ecology and Evolution en février 2019.

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