Photo prise dans le cadre d’une étude en Corse, une île française très protégée où de nombreux travaux de recherches sont menés. © David Mouillot

Quels efforts de protection pour les écosystèmes insulaires de la planète ?

Résultats scientifiques

De nombreuses îles ont une forte biodiversité mais sont aussi des épicentres d’extinction. Cette biodiversité étant souvent la seule richesse de ces territoires isolés, mieux la protéger est une priorité pour l’adaptation des systèmes insulaires aux changements environnementaux. En constituant une base de données mondiale pour 2323 îles habitées, des scientifiques, dont une équipe du Centre pour la biodiversité marine, l'exploitation et la conservation (MARBEC), montrent que 50 % de ces îles n’ont aucune aire protégée. Cette absence de protection dépend à la fois du climat, de la diversité culturelle, de la densité humaine et du niveau de développement. Ces résultats sont parus dans la revue Nature Communications.

La plupart des îles habitées de la planète sont dans une situation paradoxale. Elles constituent des habitats de forte biodiversité mais elles sont aussi des épicentres d’extinction. Ce sont les écosystèmes les plus vulnérables en termes de perte d’espèces endémiques.

Les dispositifs de protection de la biodiversité s’appuient principalement sur la création d’aires protégées (AP) terrestres et marines avec des objectifs internationaux chiffrés (la Convention sur la diversité biologique propose par exemple de protéger 30 % de la surface de la planète d’ici 2030, une recommandation qui n’a pas encore été adoptée). Or, à ce jour, l’étendue de la protection des écosystèmes insulaires à l‘échelle de la planète reste inconnue.

Si l’on doit améliorer la protection de la biodiversité terrestre et marine des territoires insulaires, cet effort doit se réaliser sur la base d’une connaissance des facteurs socio-économiques et environnementaux qui peuvent promouvoir ou freiner la mise en place de nouvelles AP. Cela implique une approche multifactorielle à grande échelle qui n’a pas encore été réalisée.

Face à ces constats des chercheurs, dont certains issus du Centre pour la biodiversité marine, l'exploitation et la conservation (MARBEC – CNRS / Université de Montpellier / IRD / Ifremer) ont initié la constitution d’une base de données mondiale pour estimer la couverture globale des AP marines et terrestres sur les îles. Ils ont d’abord identifié toutes les îles habitées, situées à au moins 10 km du continent le plus proche, avec une superficie minimale de 10 km2 et une superficie maximale de 2 166 000 km2 correspondant au Groenland, c'est-à-dire la plus grande île de la Terre. Ensuite, pour chacune des 2323 îles recensées, ils ont quantifié la superficie terrestre et marine actuellement considérée dans une AP. Les scientifiques ont pu ainsi estimer :

  1. l'étendue mondiale et l'hétérogénéité de la couverture des AP terrestres et marines sur les îles,
  2. la proportion d'îles ayant une présence d’AP
  3. la proportion d'îles qui atteignent actuellement 30 % d’aires protégées
Corse
Photo prise dans le cadre d’une étude en Corse, une île française très protégée où de nombreux travaux de recherches sont menés.
© David Mouillot

Ces travaux, publiés dans la revue Nature Communications, montrent qu'en moyenne, les îles sont plus couvertes par les AP que la couverture globale, mais avec une grande hétérogénéité : si en moyenne 22 % des surfaces terrestres et 13 % des aires marines insulaires sont protégées, la moitié des îles recensées ne disposent d’aucune AP.

Cette hétérogénéité de la couverture de protection parmi les îles s'explique par un ensemble de facteurs socio-économiques et environnementaux parmi les 16 pris en compte dans les modèles utilisés. Si certains de ces facteurs ressortent logiquement des modèles, tels que les facteurs climatiques et géographiques et que d’autres traduisent bien les contraintes socio-économiques qui s’exercent sur la création d’AP (faible développement économique, forte démographie), les chercheurs montrent que la diversité culturelle présente une relation positive avec le niveau d’effort de protection des territoires insulaires terrestres et marins.

Ces premiers travaux vont permettre d’explorer plus en détail l’hétérogénéité de l’effort de protection, notamment pour identifier et analyser les socio-écosystèmes insulaires qui présentent des meilleures ou moins bonnes performances par rapport aux attendus du modèle. Nous espérons pouvoir ainsi mettre en évidence et dissocier des conditions de réussite structurelles de celles qui seraient transposables d’un socio-écosystème insulaire à un autre.

Objectifs de développement durable (ODD)

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  • ODD 1 : Pas de pauvreté
  • ODD 2 : Faim « zéro »
  • ODD 3 : Bonne santé et bien-être
  • ODD 10 : Inégalités réduites
  • ODD 13 : Mesures relatives à la lutte contre les changements climatiques
  • ODD 14 : Vie aquatique
  • ODD 15 : Vie terrestre

En savoir plus sur l'engagement du CNRS pour les ODD

Références

Mouillot D, Velez L, Maire E, Masson A, Hicks C C, Moloney J, Troussellier M. Global correlates of terrestrial and marine coverage by protected areas on islandsNat Commun. 2020;11(1):4438. Published 2020 Sep 7. doi:10.1038/s41467-020-18293-z

Contact

David Mouillot
Centre pour la biodiversité marine, l'exploitation et la conservation (MARBEC - CNRS / CUFR de Mayotte / IRD / Université de Montpellier)
Marc Troussellier
Conseiller scientifique - Centre pour la biodiversité marine, l'exploitation et la conservation (MARBEC - CNRS / CUFR de Mayotte / IRD / Université de Montpellier)