Planter mille milliards d'arbres ne va pas arrêter le changement climatique

Résultats scientifiques Ecologie fonctionnelle

Parce que les arbres capturent le carbone grâce à la photosynthèse, certains scientifiques et groupes de défense de l’environnement préconisent de planter massivement des arbres comme solution au changement climatique. Un groupe de 46 scientifiques du monde entier, parmi lesquels trois chercheuses françaises, dont une de l’Institut méditerranéen de biodiversité et d'écologie marine et continentale (IMBE- CNRS/Avignon Université/IRD/Univ Aix-Marseille), appelle à la prudence. Dans un commentaire technique publié dans Science le 18 octobre, ils démontrent qu’une publication scientifique récente1 a considérablement surestimé le potentiel de la plantation d'arbres à atténuer le changement climatique. De plus, planter des arbres au mauvais endroit peut détruire certains écosystèmes, augmenter l’intensité des feux et à l’inverse exacerber le réchauffement climatique.

  • 1. Bastin J-F, Finegold Y, Garcia C, Mollicone D, Rezende M, Routh D, Zohner CM, Crowther TW (2019) The global tree restoration potential. Science 365:76–79. https://doi.org/10.1126/science.aax0848
Jeunes plants d'acacias en pépinières
Jeunes plants d'acacias en pépinières © Axel DUCOURNEAU/OHM/CNRS Photothèque

La capture de dioxyde de carbone émis dans l'atmosphère par l’utilisation des énergies fossiles devient un enjeu majeur pour lutter contre le réchauffement de la Terre, l'acidification des océans et le changement du climat. Planter massivement des arbres qui le capturent grâce à la photosynthèse fait partie des solutions envisageables. Ainsi dans un article scientifique récemment paru dans Science, les chercheurs affirment que la plantation d'arbres à travers le monde pourrait ainsi capturer 205 milliards de tonnes de carbone, soit un tiers du dioxyde de carbone émis depuis la révolution industrielle.

Le groupe de 46 scientifiques du monde entier, parmi lesquels trois chercheuses françaises, dont une de l’Institut méditerranéen de biodiversité et d'écologie marine et continentale (IMBE- CNRS/Avignon Université/IRD/Univ Aix-Marseille) démontrent que la lutte contre le réchauffement climatique par un reboisement massif de la Terre est une fausse bonne idée, dans un commentaire technique publié également dans Science.

Planter 1000 milliards d’arbres ne permettrait pas de capturer 205 milliards de tonnes de carbone : le réel potentiel des arbres nouvellement plantés à atténuer le changement climatique a été multiplié par cinq. En réalité, de nombreux écosystèmes, avec peu ou pas d’arbres, tels que les savanes ou les tourbières, contiennent déjà beaucoup de carbone dans leurs sols, davantage que dans la partie aérienne de leur végétation. Par ailleurs, les forêts de conifères des régions boréales et de hautes montagnes absorbent plus de lumière solaire et émettent plus de chaleur que les zones sans arbres, et exacerbent le réchauffement planétaire plutôt que de l’atténuer.

Ainsi même si la plantation d'arbres peut être une bonne chose dans certaines zones qui ont été déboisées, la plantation d'arbres dans des écosystèmes naturellement herbacés comme des savanes ou des pelouses va détruire les habitats d’un grand nombre d’espèces végétales et animales. De telles actions sont très dommageables pour la biodiversité et les services écosystémiques fournis à l’humanité ; ces écosystèmes offrant par exemple des zones pour le maintien du pâturage et assurant la recharge en eau des nappes phréatiques.

Pour les auteurs de ce commentaire technique, se focaliser sur la plantation d'arbres, risque de réduire la capacité des populations humaines à s'adapter au changement climatique tout en détournant l'attention des efforts de conservation des écosystèmes intacts et de réduction de la consommation de combustibles fossiles. La restauration écologique doit faire partie des solutions pour lutter contre les changements climatiques mais ne doit pas simplement se résumer à la plantation d’arbres, mais contribuer en restaurant non seulement les forêts, mais également les pelouses, les savanes, les écosystèmes arbustifs et les tourbières.

 

Référence

Veldman JW, Aleman JC, Alvarado ST, Anderson TM, Archibald S, Bond WJ, Boutton TW, Buchmann N, Buisson E, Canadell JG, Dechoum M de S, Diaz-Toribio MH, Durigan G, Ewel JJ, Fernandes GW, Fidelis A, Fleischman FD, Good SP, Griffith DM, Hermann J-M, Hoffmann WA, Le Stradic S, Lehmann CER, Mahy G, Nerlekar AN, Nippert JB, Noss RF, Osborne CP, Overbeck GE, Parr CL, Pausas JG, Pennington T, Perring MP, Putz FE, Ratnam J, Sankaran M, Schmidt IB, Schmitt CB, Silveira FAO, Staver AC, Stevens N, Still C, Strömberg CAE, Temperton VM, Varner JM, Zaloumis NP (2019) Comment on “The global tree restoration potential.” Science 18 Oct 2019: Vol. 366, Issue 6463, eaay7976
DOI: 10.1126/science.aay7976

 

Contact

Elise Buisson
Institut Méditerranéen de Biodiversité et d’Ecologie Marine et Continentale (IMBE-CNRS/Aix-Marseille Université/IRD/Avignon Université)
Soizig Le Stradic
Chair of Restoration Ecology, Ecology and Ecosystem Management Department, Technische Universität München
Julie Aleman
Département de Géographie, Université de Montréal, Canada et Ecosystem Science and Management, Texas A&M University, USA
Vanina Beauchamps-Assali
Chargée de communication - Institut Méditerranéen de Biodiversité et d’Ecologie Marine et Continentale (IMBE-CNRS/Aix-Marseille Université/IRD/Avignon Université)