L’expérience du passé pour mieux s’adapter aux catastrophes contemporaines ?

Résultats scientifiques Développement durable

Dans le cadre de la publication de son rapport global sur la réduction des risques 2019 et des accords de l’accord international de Sendaï signé en 2015, le United Nations Office for Disaster Risk Reduction a sollicité Emmanuel Garnier (DR à l’UMR Chrono-Environnement, Université de Besançon) afin qu’il rédige une contribution consacrée aux retours d’expériences historiques en matière de stratégies de réduction des risques. L’étude met l’accent sur la nécessaire prise en compte des mesures élaborées par les sociétés anciennes, notamment les peuples autochtones, pour limiter leur exposition aux risques et développer des modes de développement durable à même de favoriser la résilience des populations actuelles lors de la survenue de catastrophes climatiques ou naturelles.

 
 
Bushfire (feu contrôlé) pratiqué par les les aborigènes dans le Territoire du Nord australien afin de réduire la biomasse et éviter des incendies généralisés (septembre 2018).© E. Garnier

Afin de répondre aux objectifs de réduction des risques fixés lors de la 3e conférence mondiale de Sendai au Japon le 18 mars 2015 et de faire face aux dommages croissants causés aux personnes et aux biens à travers le monde, l’ONU s’interroge de plus en plus sur les stratégies à adopter en matière de réduction des risques. Plus précisément, doivent-elles nécessairement reposer sur le tout ingénierie dont les coûts dépassent souvent les moyens des sociétés vulnérables et dont l’impact environnemental s’avère souvent très négatif avec, à la clef, une rupture totale en matière de gestion durable?

Dans cette perspective, le United Nations Office for Disaster Risk Reduction (UNISDR) a souhaité regarder vers le passé pour en tirer des retours d’expériences à même de mieux prévenir les catastrophes, d’améliorer la préparation à ces événements extrêmes et d’en atténuer les effets. Contre toute attente, les sociétés anciennes ne subissaient pas avec fatalisme les menaces climatiques et environnementales. Bien au contraire, les peuples autochtones et les communautés traditionnelles surent développer et maintenir jusqu’à aujourd’hui des pratiques durables (paysages, mémoire, transmission orale) visant à prévenir, réduire et absorber l’impact des catastrophes. Au-delà, la contribution valorise le patrimoine culturel et la reconnaissance de peuples souvent méprisés pour leur « traditionalisme » alors même qu’ils surent développer des modes de gestion durable originaux de leur environnement pour absorber le choc de désastres naturels de toute nature (climatiques et géologiques) auxquels ils étaient exposés.

A partir d’exemples variés, en Europe, Asie et Océanie, l’étude montre comment la « catastrophe », étymologiquement un bouleversement positif ou négatif pour les hommes, n’existe que par l’impact qu’elle a sur les hommes. Ce phénomène brutal et rapide marque donc une rupture et engendre de fait une modification du système concerné, voir un nouveau système qui peut paradoxalement donner naissance à un modèle plus pertinent et durable. Au fil du temps, ces épisodes sont intégrés à l’histoire du territoire et les sociétés en conservent la mémoire. Cette connaissance des événements passés est alors déterminante pour la mise en place de dispositifs visant à se prémunir des conséquences de certains phénomènes : l’expérience de la catastrophe conditionne la gestion du risque. L’approche historique montre ainsi comment les sociétés insulaires méditerranéennes, ou encore les communautés tibétaines et lizu de la vallée du haut-Mékong (Yunnan), ont construit des paysages à même de limiter les effets des pluies diluviennes et des inondations qui en découlaient ou en cultivant jusqu’à nos jours des plantes ne nécessitant pas d’être irriguées. Dans le même temps, les enquêtes dans les archives et les témoignages recueillis localement auprès de ces populations révèlent le maintien et la transmission d’une culture du risque fondée sur l’observation des signes annonciateurs des catastrophes dans leur environnement.

Publié dans son dernier de son récent rapport global sur la réduction des risques 2019, ce travail inscrit dans la « longue durée » de l’histoire montre donc comment ces mesures pourraient être réhabilitées dans une perspective de diminution de la vulnérabilité et de renforcement de la résilience, le tout sans recourir massivement à une ingénierie coûteuse, souvent à l’origine de ruptures environnementales néfastes.

 

Référence

Emmanuel Garnier, A Memory for a Better Resilience to Contemporary Risks, Global Assessment Report on Disaster Risk Reduction 2019, Genève, United Nations Office for Disaster Risk Reduction, 26p

 

 

Contact

Catherine Pagani
Communication - Chrono-Environnement