L’effet rafraichissant de la canopée forestière

Résultats scientifiques

En densifiant le couvert arboré, on augmente l’effet tampon de la canopée forestière qui agit comme une couverture isolante atténuant les températures maximales journalières. Sur le long terme, une augmentation de cet effet tampon permet d’infléchir la courbe du réchauffement climatique tel que ressentie dans le sous-bois et ainsi de laisser le temps aux communautés végétales inféodées à ces milieux de s’adapter à ce changement. Ce résultat obtenu par un consortium européen mené par l’Institut fédéral de recherches sur la forêt, la neige et le paysage (WSL, Suisse) et impliquant deux scientifiques du laboratoire Ecologie et Dynamique des Systèmes Anthropisés (CNRS / Université de Picardie Jules Verne), démontre l’importance de l’effet tampon de la canopée forestière sur la dynamique de réchauffement tel que ressentie par la biodiversité forestière. Il est publié dans la revue Science le 15 Mai 2020.

C’est bien connu, par un belle journée d’été, il fait plus frais dans le sous-bois qu’à l’extérieur, ce qui est une raison suffisante pour flâner en forêt, surtout en période de canicule. Ce que l’on ne sait pas, c’est si cet effet rafraichissant de la canopée forestière sur les températures maximales journalières peut infléchir la courbe du réchauffement climatique observé sur le long terme et ainsi laisser le temps à la biodiversité inféodée au sous-bois de s’adapter au réchauffement. Or un groupe de chercheurs européens impliquant Jonathan Lenoir, chargé de Recherche au CNRS) et Guillaume Decocq, professeur à l’Université de Picardie Jules Verne du laboratoire Ecologie et Dynamique des Systèmes Anthropisés (CNRS / UPJV) vient de démontrer qu’en augmentant le pouvoir rafraichissant de la canopée forestière, par densification du couvert arborée par exemple, il est possible de diminuer l’intensité du réchauffement tel que ressentie par les communautés végétales du sous-bois. Ce résultat, qui s’appuie en partie sur une base de données internationales sur le suivi des écosystèmes forestiers (http://www.forestreplot.ugent.be/), met en lumière la capacité de la canopée forestière à moduler la dynamique temporelle des conditions microclimatiques dans nos sous-bois jusqu’à compenser la dynamique de réchauffement du macroclimat, laissant ainsi le temps aux espèces végétales du sous-bois de s’adapter aux nouvelles conditions et de limiter la dette climatique. Néanmoins, une ouverture brutale du couvert arboré, par suppression de la canopée forestière suite à une perturbation anthropique (p.ex. éclaircies trop brutales, coupes de régénération) ou naturelle (p.ex. tempêtes, incendies, épisodes de sécheresse répétés), engendrera une augmentation rapide des températures maximales « ressenties » par les communautés végétales du sous-bois, qui seront alors dans l’incapacité de s’adapter à ce changement soudain, générant ainsi un retard de réponse communément appelé « dette climatique » dans la communauté scientifique.

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Exemple d’ambiance forestière dans le sous-bois de la forêt domaniale de Compiègne (France) (Photo : Jonathan Lenoir).
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 Exemple d’ambiance forestière dans le sous-bois de la forêt de Soignes (Belgique) (Photo : Jonathan Lenoir).

 

Référence

Forest microclimate dynamics drive plant responses to warming. Florian Zellweger, Pieter De Frenne, Jonathan Lenoir et al., Science, Publié en ligne le 15 Mai 2020, DOI : 10.1126/science.aba6880

Contact

Jonathan Lenoir
Laboratoire Ecologie et Dynamique des Systèmes Anthropisés (EDYSAN - CNRS/Univ Picardie Jules Verne)
Guillaume Decocq
Laboratoire Ecologie et Dynamique des Systèmes Anthropisés (EDYSAN - CNRS/Univ Picardie Jules Verne)