La banalisation de la flore dans les sous-bois des forêts européennes

Résultats scientifiques écologie évolutive & Biodiversité

Les espèces végétales des sous-bois européens ayant une aire géographique de répartition limitée régressent au profit d’espèces ayant une distribution plus étendue. Ce phénomène de régression des espèces rares au profit des plus communes est accentué par les retombées atmosphériques d’azote, une composante de ce qui est communément appelé « pluies acides ». Ce résultat obtenu par un consortium de chercheurs européens, impliquant deux scientifiques du laboratoire Écologie et Dynamique des Systèmes Anthropisés (EDYSAN - CNRS / Université de Picardie Jules Verne), permet d’expliquer en partie le paradoxe selon lequel la biodiversité diminue à l’échelle globale alors que celle-ci augmente à l’échelle locale. Il est publié dans la revue Nature Ecology and Evolution le 13 avril 2020.

La biodiversité connaît une crise mondiale, avec la perte de nombreuses espèces animales et végétales. A l’échelle planétaire, les forêts sont un réservoir important de biodiversité, mais elles ne sont pas épargnées par cette crise. Les suivis à long terme des écosystèmes forestiers mettent en évidence un paradoxe : alors qu’à l’échelle globale, le nombre d’espèces végétales diminue, à une échelle locale, celui-ci a tendance à augmenter. Un consortium international auquel participent deux chercheurs du laboratoire Ecologie et Dynamique des Systèmes Anthropisés (EDYSAN - CNRS / Université de Picardie Jules Verne) vient de publier une étude dans la revue Nature Ecology and Evolution qui apporte un nouvel éclairage sur ce paradoxe.

Cette étude porte sur 68 jeux de relevés floristiques réalisés à des intervalles de temps variant de 15 à 78 ans dans des forêts feuillues d’Europe, issus de la base de données forestREplot (http://www.forestreplot.ugent.be/). Les auteurs ont regardé la trajectoire dynamique de chaque espèce herbacée individuellement. Ils montrent que, d’une manière générale, les espèces ayant une aire géographique de répartition limitée régressent au profit d’espèces ayant une distribution plus étendue, qui sont aussi plus affines pour les sols plus riches en éléments nutritifs (comme l’ortie !). Les résultats montrent que les retombées atmosphériques d’azote (via les eaux de pluie, après dissolution dans l’atmosphère des gaz azotés issus de l’utilisation des combustibles fossiles par l’industrie, le chauffage et les transports) accélèrent l’extinction des espèces « rares » tout en favorisant la colonisation des sous-bois par des espèces banales, avides d’azote, parfois exotiques.

Ainsi, bien que le nombre d’espèces puisse localement être inchangé, voire augmenté, la perte des espèces rares induit une érosion de la biodiversité à une échelle régionale ou globale. Cette étude propose un mécanisme pour expliquer l’homogénéisation floristique à l’échelle globale.

Exemple de communauté végétale forestière dans le sous-bois de la forêt domaniale de Compiègne
Exemple de communauté végétale forestière dans le sous-bois de la forêt domaniale de Compiègne (France) Photo : Jonathan Lenoir

 

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Jonathan Lenoir
Écologie et dynamique des systèmes anthropisés (EDYSAN - CNRS/Univ. Picardie Jules Verne)