Deux degrés de plus feront-ils toute la différence pour les oiseaux marins de l’Atlantique Nord ?

Résultats scientifiques

L'objectif principal des accords de Paris sur le climat est de limiter l'augmentation de la température de notre planète à 2 °C par rapport aux niveaux préindustriels. Mais quels seront les bénéfices de son respect pour les écosystèmes et les espèces qu’ils abritent ? Les travaux d’une équipe du CNRS, réalisés en collaboration avec 23 organismes de recherche internationaux, indiquent que cela évitera un chamboulement de la migration des oiseaux marins en Atlantique Nord. Les résultats sont publiés dans Global Change Biology.

La communauté mondiale des oiseaux marins a décliné de plus de 50 % en un demi-siècle, notamment sous l’incidence des changements climatiques. Ces membres de la mégafaune sont souvent utilisés comme sentinelles environnementales des écosystèmes marins, mais on sait peu de choses sur l’impact des changements climatiques sur leurs migrations hivernales. Ces études sont pourtant cruciales car les conditions rencontrées pendant la période de non-reproduction influencent fortement la dynamique des populations d'oiseaux marins.

Guillemot de Troïl
Guillemot de Troïl
© J. Tornos

Le consortium international de recherche, menée par Manon Clairbaux du Centre d’Ecologie Fonctionnelle et Évolutive (CNRS / Université de Montpellier / EPHE / IRD) et David Grémillet, du Centre d’Etudes Biologiques de Chizé (CNRS / La Rochelle Université) a exploré les implications du respect/non-respect des accords de Paris sur la distribution des communautés d'oiseaux marins de l'océan Atlantique Nord, effectuant ainsi la plus grande étude jamais entreprise sur la migration des oiseaux marins. 

Grâce aux suivis électroniques des mouvements de cinq espèces d’oiseaux marins (macareux moine, mergule nain, mouette tridactyle, et deux espèces de guillemots) qui représentent >75% de tous les oiseaux marins nichant en Atlantique Nord, les scientifiques ont pu identifier les zones océaniques essentielles à leur survie hivernale. Ils ont par la suite déterminé les caractéristiques environnementales de ces zones (conditionnant la dépense énergétique et le nourrissage des oiseaux), et estimé les glissements géographiques des zones d’hivernage de chaque espèce à court (2050) et moyen terme (2100).

Macareux
Macareux
© A. Bernard

Ces projections futures ont été effectuées selon deux scénarios climatiques (RCP2.6 et RCP8.5) aux conséquences diamétralement opposées : Alors que le scénario RCP8.5 n’implique aucun effort de limitation de nos émissions de gaz à effet de serre, le scénario RCP2.6 suppose la prise de mesures d'atténuation fortes grâce auxquelles le réchauffement climatique global devrait être limité à 2°C par rapport aux niveaux préindustriels.

L’étude montre qu’en induisant des changements substantiels dans la distribution des champs de proies des oiseaux marins et dans leurs besoins énergétiques, le réchauffement climatique entraînera des déplacements vers le nord des aires d’hivernage, en particulier lorsqu’il dépassera 2°C.  Si pour certaines espèces le décalage vers les hautes latitudes  s’accompagnera d’un gain en habitats favorables, d’autres, comme le mergule nain, verront leurs zones d’hivernage rétrécir suite au réchauffement. De plus, des zones actuellement très fréquentées par les oiseaux marins, comme celles au large de Terre Neuve, perdront en attractivité, au profit d’autres comme le Golf du Saint-Laurent ou la mer du Labrador. Les résultats des analyses démontrent que la réalisation des objectifs de l'accord de Paris limitera ces changements de répartition des habitats de la communauté d’oiseaux marins de l'Atlantique Nord au 21e siècle. 

Mergule nain
Mergule nain
© M. Clairbaux

Cette étude anticipe des changements majeurs de la migration des oiseaux marins suite au réchauffement de la planète et fournit des informations clés pour la conception de zones marines protégées adaptatives dans un océan en mutation. Elle propose, ce faisant, un cadre méthodologique transposable à l’étude de la migration des animaux dans toutes les zones de la planète.

Les objectifs de développement durable

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  • ODD 13 : Mesures relatives à la lutte contre les changements climatiques

Ce travail contribue à déterminer les impacts des changements climatiques sur les écosystèmes marins, à évaluer l'efficacité des accords de Paris dans leurs limitations et à identifier les besoins présents et futures en Aires Marines Protégées.

Références

Clairbaux, M., Cheung, W., Mathewson, P., Porter, W., Courbin, N., Fort, J., Strøm, H., Moe, B., Fauchald, P., Descamps, S., Helgason, H., Bråthen, V., Merkel, B., Anker‐Nilssen, T., Bringsvor, I., Chastel, O., Christensen‐Dalsgaard, S., Danielsen, J., Daunt, F., Dehnhard, N., Erikstad, K., Ezhov, A., Gavrilo, M., Krasnov, Y., Langset, M., Lorentsen, S., Newell, M., Olsen, B., Reiertsen, T., Systad, G., Thórarinsson, T., Baran, M., Diamond, T., Fayet, A., Fitzsimmons, M., Frederiksen, M., Gilchrist, H., Guilford, T., Huffeldt, N., Jessopp, M., Johansen, K., Kouwenberg, A., Linnebjerg, J., McFarlane Tranquilla, L., Mallory, M., Merkel, F., Montevecchi, W., Mosbech, A., Petersen, A. and Grémillet, D. (2020), Meeting Paris agreement objectives will temper seabird winter distribution shifts in the North Atlantic Ocean. Global Change Biology. Accepted Author Manuscript.

https://doi.org/10.1111/gcb.15497

Contact

Manon Clairbaux
Centre d'Ecologie Fonctionnelle et Evolutive (CEFE – CNRS/Univ Montpellier/ Univ Paul Valery Montpellier/ EPHE/IRD)
David Grémillet
Centre d'études biologiques de Chizé (CEBC - CNRS/Univ. La Rochelle)
Paula Dias
Contact communication - Centre d'Ecologie Fonctionnelle et Evolutive (CEFE - CNRS / université de Montpellier / Université Paul Valery de Montpellier / IRD / EPHE)
Bruno Michaud
Communication -Centre d'études biologiques de Chizé (CEBC - CNRS/La Rochelle Université)