Des arbres pour mieux cerner la pollution atmosphérique

Résultats scientifiques
Ecologie évolutive & Biodiversité

Pour évaluer les variations spatiales et temporelles de l’exposition atmosphérique en métaux de l’une des zones les plus industrialisées d’Europe, la Zone Industrialo-Portuaire de Fos, des chercheurs1 ont étudié la teneur en éléments chimiques dans les cernes des arbres, polluants compris. Cette analyse a permis de mettre en évidence les variations historiques de la pollution atmosphérique impactée par l’industrialisation croissante du territoire. Ces résultats ont été publiés dans Chemosphere.

  • 1. Institut Ecocitoyen pour la Connaissance des Pollutions ; Laboratoire Chrono-Environnement (CNRS-Université Bourgogne Franche Comté) ; CEREGE (Aix Marseille Univ, CNRS, IRD, INRA, Coll France)

Les arbres sont des témoins privilégiés de l'histoire environnementale d'un milieu. La croissance en diamètre des arbres a lieu par formation chaque année d’un anneau concentrique supplémentaire, un cerne, anatomiquement distinct des précédents. Pour un arbre vivant, les années de formation des cernes sont alors inventoriées depuis l’écorce. Les cernes constituent un tissu conducteur permettant le transport des nutriments des racines vers les feuilles. Ses cellules séquestrent des éléments chimiques par deux voies d’absorption, foliaire et racinaire. Une étude dendrochimique consiste donc à réaliser des carottages dans des troncs, à déterminer l’année de formation des cernes et à identifier les anomalies de composition chimique du bois.
Des chercheurs de l’Institut Ecocitoyen pour la Connaissance des Pollutions, organisme de recherches appliquées aux problématiques environnementales et sanitaires du pourtour du Golfe de Fos et de l’Etang de Berre, du Laboratoire Chrono-environnement de l’Université de Franche-Comté spécialiste des méthodes dendrochimiques et du CEREGE, centre européen de recherche de l’Université d’AixMarseille en charge de la partie analytique ont mené une étude dendrochimique dans l’une des zones les plus industrialisées d’Europe, la Zone Industrialo-Portuaire (ZIP) de Fos (Bouches-du-Rhône, France) avec pour objectif d’évaluer l’exposition atmosphérique aux polluants métalliques et ses variations temporelles. Les résultats de ces travaux, publiés dans la revue Chemosphere, ont mis en évidence l’exposition du territoire de Fos-sur-Mer à de nombreux polluants métalliques et particulièrement les principaux métaux et métalloïdes émis par les industries du secteur (aluminium, arsenic, cadmium, cobalt, cuivre, molybdène, zinc).
Par ailleurs, la variabilité temporelle des concentrations métalliques a permis de définir les grandes tendances de l’exposition atmosphérique de cette région consécutive à l’installation de la ZIP de Fos. En effet, entre 1970 et 1990, période au cours de laquelle le territoire a accueilli de nombreuses industries, l’exposition était principalement marquée par le zinc, le cadmium et le mercure. A partir des années 2000 et de la mise en place de mesures pour un meilleur contrôle des émissions atmosphériques, les teneurs en ces éléments diminuent mais d’autres comme l’arsenic, le chrome, le nickel, le vanadium, l’aluminium ou le fer, principalement émis par la métallurgie et la sidérurgie très représentées sur la zone, ont augmenté au cours des dix dernières années. Ainsi, cette étude a permis de fournir des informations sur l’évolution des émissions industrielles, routières et même urbaines de ce territoire qui abrite l’un des plus grands ports industriels de France et d’Europe du Sud. Elle a, de plus, mis en lumière la pertinence des méthodes dendrochimiques pour évaluer l’exposition à la pollution atmosphérique dans le temps.

Référence
Evaluation of historical atmospheric pollution in an industrial area by dendrochemical approaches. A. Austruy, L. Yung, J.P. Ambrosi, O. Girardclos, C. Keller, B. Angeletti, J. Dron, P. Chamaret, M. Chalot. Chemosphere.

 

Contact

Annabelle Austruy
Institut Ecocitoyen pour la Connaissance des Pollutions
Michel CHALOT
Laboratoire Chrono-Environnement (CNRS-Université Bourgogne Franche Comté)
Catherine KELLER
CEREGE (Aix Marseille Univ, CNRS, IRD, INRA, Coll France)