De nouveaux éléments en faveur de l'agrobiodiversité

Résultats scientifiques
Ecologie évolutive & Biodiversité

L'augmentation de la demande alimentaire mondiale et les changements climatiques menacent la stabilité de la production alimentaire. Il est donc nécessaire d’apporter des solutions à ce problème de sécurité alimentaire. Une étude impliquant des chercheurs CNRS du Centre d’Ecologie Fonctionnelle et Evolutive (CEFE – CNRS/Univ Montpellier/Univ Paul Valery Montpellier/EPHE/IRD) a testé le potentiel d’une solution basée sur l’agrobiodiversité. L’analyse de 50 ans de données sur 91 pays montre que la diversité de ce qui est cultivé augmente la stabilité interannuelle des rendements nationaux et suggère qu’augmenter cette agrobiodiversité pourrait contrer les effets déstabilisateurs du climat sur les récoltes. Cette étude publiée dans Nature souligne l’intérêt de la diversité cultivée comme solution complémentaire à l'irrigation et l’amélioration variétale pour maintenir la sécurité alimentaire.

© Rozenn LE GUYADER / GQE - Le Moulon / CNRS Photothèque

L'augmentation de la demande alimentaire mondiale, les faibles réserves de céréales et les changements climatiques menacent la stabilité des systèmes alimentaires aux niveaux national et mondial. Au cours de la dernière décennie les mauvaises récoltes causées par les sécheresses et vagues de chaleur dans certaines des principales régions agricoles du monde (notamment en Australie, Russie et aux Etats-Unis) ont contribué à déstabiliser les prix des céréales sur le marché mondial, aggravant la situation de pauvreté et d’insécurité alimentaire des populations les plus pauvres. Des politiques visant à accroître les rendements, l'irrigation et l’amélioration variétale ont été proposées comme solutions d'amélioration de la stabilité de la production alimentaire.

Delphine Renard (CEFE – CNRS/Univ Montpellier/Univ Paul Valery Montpellier/EPHE/IRD) et David Tilman (Department of Ecology, Evolution and Behavior, University of Minnesota, St Paul, MN, USA) ont testé le potentiel d’une solution complémentaire, basée sur la diversité des cultures. Leur hypothèse est la suivante : une plus grande diversité des plantes cultivées augmente la stabilité interannuelle des récoltes totales à l’échelle des pays. Les relations diversité-stabilité sont connues dans les écosystèmes naturels mais très peu testées dans les milieux cultivés, en particulier à large échelle spatiale. De nombreux travaux montrent que le maintien d’une forte diversité--sauvage (la diversité dans les sols, les pollinisateurs, etc.) et cultivée--dans les parcelles ou paysages agricoles apporte de multiples bénéfices, notamment en termes de productivité, durabilité et pour la nutrition humaine. Les auteurs de cette étude ont donc testé si l’agrobiodiversité avait d’autres « cordes à son arc » pour contribuer aux nombreux objectifs de développement durable. 

Ils ont examiné les liens diversité-stabilité en utilisant 50 ans de données sur les rendements annuels des espèces cultivées dans 91 pays du monde. Afin de confronter les effets de la diversité à d’autres facteurs qui influencent, de manière indépendante la production alimentaire, les auteurs ont pris en compte le climat et les conditions socio-économiques des pays étudiés dans leurs analyses statistiques.

Les résultats, publié le 19 dans la revue Nature, révèlent qu’une plus grande diversité d’espèces, et de grands groupes de cultures (céréales, fruits, légumes, légumineuses etc.) au sein des pays a un fort effet stabilisateur sur les récoltes totales au niveau national. Même une faible augmentation de la stabilité permet de réduire fortement la probabilité de connaitre des réductions majeures des récoltes. Enfin, les résultats suggèrent qu’augmenter la diversité des cultures au sein d’un pays peut contribuer à contrer les effets des variations interannuelles du climat sur les récoltes. L’effet « portfolio » est un mécanisme qui explique les résultats. Son principe est le suivant : diversifier son portefeuille (ici d’espèces ou de groupes de plantes) réduit les risques que les récoltes de toutes les plantes soient mauvaises une année donnée, à cause des aléas climatiques par exemple.

Assurer l’approvisionnement alimentaire stable dans un contexte de forte croissance démographique et de changements climatiques est un défi qui nécessitera de multiples solutions. Les résultats de cette étude suggèrent qu’augmenter la diversité des cultures à l’échelle nationale est l’une de ces solutions. Les auteurs soulignent que cette solution mérite plus d’attention et de recherches pour qu’augmenter la diversité stabilise la production alimentaire et réduise le risque de mauvaises récoltes.

 

Référence

Renard D, Tilman D (2019) "National food production stabilized by crop diversity". Nature

 

Contact

Delphine Renard
Centre d’Ecologie Fonctionnelle et Evolutive (CEFE – CNRS/Univ Montpellier/Univ Paul Valery Montpellier/EPHE/IRD)
Nathalie Vergne
Reponsables Communication du CEFE