Localisation de sites néolithiques sélectionnés. Dans les rectangles orange, fourchette chronologique de l’introduction du pavot somnifère en Méditerranée, Europe tempérée nord-occidentale, Alpes occidentales. Crédits : A. Salavert (AASPE, MNHN-CNRS), Crédits de fond de carte : NASA 2016.

Datation par le radiocarbone des plus anciennes attestations de pavot somnifère en Europe

Résultats scientifiques

Le pavot somnifère (Papaver somniferum L.) est l’une des espèces végétales les plus fascinantes de l'histoire de l'humanité. Pour mieux comprendre son histoire ancienne, des travaux publiés dans Scientific Reports et dirigés par des membres du laboratoire Archéozoologie, Archéobotanique : Sociétés, pratiques et environnements (AASPE – CNRS / MNHN), en collaboration avec d’autres laboratoires1 dont l’équipe du Laboratoire des Sciences du Climat et de l'Environnement (LSCE – CNRS / UVSQ / CEA), ont daté par AMS (ECHOMicadas) les restes archéologiques de pavot parmi les plus anciens découverts en Europe.

  • 1. Autres laboratoires du rattachés au CNRS impliqués : EDYTEM, HNHP, ISEM, TRACES, Archéologie Des Sociétés Méditerranéennes

Comparé aux céréales comme l'engrain ou l’amidonnier, dont la domestication a commencé il y a environ 12 000 ans au Proche-Orient, l'origine et la diffusion du pavot somnifère (Papaver somniferum subsp. somniferum) sont peu étudiées. Les preuves les plus directes de sa présence, avant les premières mentions textuelles et iconographiques, sont les graines carbonisées et gorgées d'eau, très rarement des capsules et des disques stigmatiques, découvertes sur les sites archéologiques. Plusieurs scénarios ont été proposés sur la base des plus anciennes attestations datées du Néolithique (entre 5900 et 4900 cal BC) en Europe occidentale, et sur la répartition géographique de l’ancêtre sauvage supposé du pavot somnifère (P. somniferum subsp. setigerum (DC.) L. Corb.) c’est-à-dire le pourtour occidental du bassin méditerranéen.

Néanmoins, le cadre chronologique a été principalement étayé par la datation au radiocarbone des sites, en utilisant des vestiges de courte durée de vie (os d'animaux, plantes annuelles) et de longue durée de vie (charbon, bois), mais en ignorant les restes de pavot eux-mêmes. Or les petites graines sont susceptibles de connaître des mouvements post-dépositionnels et pourraient donc constituer des intrusions sur les sites. Jusqu'à très récemment, la datation directe des graines de pavot à opium était jugée impossible en raison de leur taille (généralement inférieure à 10-30 microgrammes/graine). Aujourd'hui, l'avènement d'une nouvelle génération de spectrométrie de masse à accélérateur compact (AMS), associée à des protocoles de préparation optimisés, a permis de réduire considérablement la quantité minimale d'échantillons nécessaires pour dater les événements archéologiques. La datation des graines de pavot à opium représente toujours un défi technique et méthodologique, en raison de la taille réduite de ces vestiges archéobotaniques. Cette recherche, financée par la fondation Fyssen, a été dirigée par des membres du laboratoire Archéozoologie, Archéobotanique : Sociétés, pratiques et environnements (AASPE – CNRS / MNHN), en collaboration avec d’autres laboratoires2 dont l’équipe du Laboratoire des Sciences du Climat et de l'Environnement (LSCE – CNRS / UVSQ / CEA) avait pour ambition de tester la faisabilité de dater des petites macrorestes végétaux, comme les graines de pavot, afin de tracer l’origine et la diffusion ancienne de la plante. Pour cela, 11 sites néolithiques ont été sélectionnés et 13 dates réalisées directement sur du pavot somnifère. Ces sites appartiennent aux grands complexes agricoles pionniers d'Europe occidentale (5900-3500 avant notre ère). Ils sont parmi les plus anciens ayant livré du pavot dans le monde.

Les premiers résultats, publiés dans Scientific Reports attestent de la présence du pavot à opium au moins depuis le milieu du sixième millénaire sur un site d’Italie centrale. Sa dispersion en dehors de sa zone d'origine a été précoce, puisque le pavot est attesté à l'ouest du Rhin entre 5300 et 5200 ans avant notre ère. Le pavot a été introduit dans les Alpes occidentales vers 5000-4800. Sur trois sites, des graines de pavot somnifère intrusives ont été mises en évidence, soit provenant de couches archéologiques plus récentes soit de l’époque moderne ce qui appui l’importance de dater directement les restes archéologiques de pavot pour proposer un cadre chronologique solide. Cette recherche met en évidence des rythmes différents dans l'introduction du pavot à opium en Europe occidentale. Elle ouvre la voie à la datation d’une large série d’échantillons de pavot somnifère associé à d’autres axes de recherche afin pour mieux comprendre le processus de domestication de la plante qui pourrait être une des seules plantes domestiquées au Néolithique d’origine européenne.

Localisation de sites néolithiques sélectionnés. Dans les rectangles orange, fourchette chronologique de l’introduction du pavot somnifère en Méditerranée, Europe tempérée nord-occidentale, Alpes occidentales.

Localisation de sites néolithiques sélectionnés. Dans les rectangles orange, fourchette chronologique de l’introduction du pavot somnifère en Méditerranée, Europe tempérée nord-occidentale, Alpes occidentales. La carte a été créée avec umap, un projet OpenStreetMap (version 1.2.2), sous licence ODbL 1.0.
Crédits : A. Salavert (AASPE, MNHN-CNRS), Crédits de fond de carte : NASA 2016.

 

  • 2. Autres laboratoires du rattachés au CNRS impliqués : EDYTEM, HNHP, ISEM, TRACES, Archéologie Des Sociétés Méditerranéennes

Références

Salavert A., Zazzo A., Martin L., Antolin F., Gauthier C., Thil F., Tombret O., Bouby L., Manen C., Mineo M., Mueller-Bieniek A., Piqué R., Rottoli M., Rovira Buendía N., Toulemonde F., Vostrovská I.. Direct dating reveals the early history of opium poppy in Western Europe. Scientific Reports. 2020 Nov. 20. doi : 0.1038s41598-020-76924-3

 

Contact

Aurélie Salavert
Laboratoire Archéozoologie, Archéobotanique : Sociétés, pratiques et environnements (AASPE – CNRS / MNHN)
Thomas Cucchi
Correspondant communication - Laboratoire d'Archéozoologie, Archéobotanique : Sociétés, Pratiques et Environnement (AASPE - CNRS/MNHN)