Notre maison brûle et nous regardons ailleurs : le sous-traitement médiatique de la crise de biodiversité ?

Résultats scientifiques écologie évolutive & Biodiversité

La crise actuelle de biodiversité ne touche pas le grand public. Une étude franco-canadienne publiée dans Frontiers in Ecology and Evolution a mesuré l’écart de traitement dans la presse de deux enjeux environnementaux majeurs : la perte de biodiversité et le changement climatique. La couverture médiatique du changement climatique est jusqu’à huit fois supérieure à celle de la perte de biodiversité, et ce, malgré une faible différence dans la production de littérature scientifique et le financement de la recherche.

nombres d'articles de journaux publiés mensuellement sur la biodiversité ou les changements climatiques
Nombre d’articles de journaux publiés mensuellement sur la biodiversité (BD en vert) ou les changements climatiques (CC en marron) aux États-Unis d’Amérique, Canada et Royaume-Uni. Les pics associés à des événements a priorisont représentés avec des points noirs. Les points blancs correspondent à des pics ne pouvant être attribués à des événements a priori. Les événements traitant à la fois de CC et BD sont en gras.. Crédit : Legagneux, Casajus et al. 2018.

Pourtant capitale au bon fonctionnement des écosystèmes et à notre bien-être, la biodiversité (des plantes et des animaux) diminue à un rythme sans précédent. Toutefois, le grand public est assez peu sensibilisé à cet enjeu environnemental majeur.

Nous avons voulu mesurer l’écart dans le traitement médiatique entre la perte de biodiversité et un autre enjeu environnemental majeur que sont les changements climatiques. Ce travail, mené par Pierre Legagneux du Centre d’Études Biologiques de Chizé conjointement avec des collègues de l’Université du Québec à Rimouski, l’Université Laval et l’Université de Sherbrooke au Canada est publié dans Frontiers in Ecology and Evolution. La présence de ces enjeux dans les médias a été comparée en utilisant les données de journaux anglophones populaires publiés entre 1991 et 2016.

Nos analyses démontrent très clairement que la couverture médiatique des changements climatiques est jusqu’à huit fois supérieure à celle de la biodiversité, et ce, malgré une faible différence dans le nombre d’études scientifiques réalisées et le financement dont ont bénéficié ces deux domaines de recherche.

Notre étude propose différentes pistes de réflexion afin que les travaux scientifiques liés à la perte de biodiversité soient davantage relayés par les médias. Une plus grande prise de conscience de cette problématique aiderait à la mise en place de nouvelles politiques permettant de relever les défis posés par l’érosion de la biodiversité.

 

Référence :

Legagneux P, Casajus N, Cazelles K, Chevallier C, Chevrinais M, Guéry L, Jacquet C, Jaffré M, Naud M-J, Noisette F, Ropars P, Vissault S, Archambault P, Bêty J, Berteaux D, Gravel D. Our house is burning: discrepancy in climate change vs biodiversity coverage in the media as compared to scientific literatureFrontiers in Ecology and Evolution 2018. 5:175. DOI: 10.3389/fevo.2017.00175.

Contact chercheur

Pierre LEGAGNEUX
Centre d’études Biologiques de Chizé - CEBC (CNRS / Université de La Rochelle)
pierre.legagneux@cebc.cnrs.fr

Contact communication

Bruno MICHAUD
Centre d’études Biologiques de Chizé - CEBC (CNRS / Université de La Rochelle)
bruno.michaud@cebc.cnrs.fr