Les insecticides botaniques: produits naturels larvicides contre les moustiques Aedes aegypti en Guyane
La Guyane, située en Amazonie dans la ceinture tropicale, est une région réputée pour son extraordinaire biodiversité…y compris ses moustiques. L’espèce Aedes Aegyptii est bien connue pour être le vecteur naturel de divers pathogènes responsables dans le monde de maladies infectieuses tels la dengue, le chikungunya, ou plus récemment le zika. Pour ces maladies, la lutte antivectorielle reste la seule méthode applicable pour limiter la transmission et les épidémies, en l’absence de vaccins ou de traitements spécifiques. La situation implique donc la recherche de nouvelles alternatives pour combattre les vecteurs. Une équipe de chimistes du CNRS en partenariat notamment avec les chercheurs de l’Institut Pasteur de Guyane a exploré la flore locale de Guyane pour tenter d’y découvrir de nouveaux insecticides d’origine végétale. Ils viennent de livrer dans un article de la revue Acta Tropica les résultats d’une étude sur l’efficacité larvicide de 85 espèces végétales.
Les innombrables composés bioactifs secrétés par les produits naturels dans le cadre des interactions entre espèces au sein des écosystèmes sont depuis toujours source de bioinspiration. En Amazonie, où la biodiversité est réputée exceptionnelle, l’entomofaune est très riche. Les insectes nombreux et divers développent avec les plantes de fréquentes interactions, parmi lesquelles l’herbivorie. Les mécanismes de défense produits par les espèces végétales pour s’en prémunir constituent pour les chercheurs le creuset d'une chimiodiversité prometteuse.
Car la biodiversité a aussi ses revers. En santé humaine, l’Amazonie est sujette à la forte incidence de maladies infectieuses à vecteurs, telles que celles transmises par les moustiques, parmi lesquelles la dengue et le paludisme. La lutte dite « antivectorielle » est un enjeu de santé publique, car elle demeure encore souvent la seule ligne de défense contre les maladies. Les recherches sur les insecticides botaniques présentent donc un fort intérêt, dans une perspective d’intégration de principes actifs naturels dans les processus industriels de fabrication de produits insecticides.
En Guyane, département français d’Outre-mer, une équipe de chercheurs du CNRS en partenariat notamment avec les chercheurs de l’Institut Pasteur de Guyane
Les chercheurs ont testé 452 extraits issus de 85 espèces provenant de 36 familles botaniques, et collectées dans des biotopes contrastés, contre une souche de laboratoire d’Aedes aegypti sensible à tous les insecticides. Les extraits les plus actifs ont ensuite été testés sur une population naturelle de moustiques résistante aux insecticides (pyréthroïdes et organophosphates) collectée à Cayenne. Au final, huit espèces végétales ont conduit à des extraits présentant une mortalité larvaire notable contre la population naturelle.
L’étude
Référence
Towards the optimization of botanical insecticides research: Aedes aegypti larvicidal natural products in French Guiana, Falkowski M, Jahn-Oyac A, Odonne G, Flora C, Estevez Y, Touré S, Boulogne I, Robinson JC, Béreau D, Petit P, Azam D, Coke M, Issaly J, Gaborit P, Stien D, Eparvier V, Dusfour I, Houël E.. Acta Trop. 2019 Sep 17:105179.